Anna Vinnitskaya Piano

Critiques

Célébration symphonique (Salle Pleyel, le 12 mars - passionnément)

Le Concerto en sol de Ravel expose ensuite le style impeccable de la pianiste Anna Vinnitskaya justesse lumineuse de l’esprit, du mouvement intérieur. Son jeu très fluide écarte toute raideur ou précipitation Surtout, le son n’est jamais empreint d’une quelconque dureté. Un superbe achèvement, serti par une formation puissante et réactive. Que Levi soit un coloriste-né nous était connu depuis les disques gravés lorsqu’il était
Music Director de l’Orchestre symphonique d’Atlanta.

Virtuose et imaginative

Plus qu’une carte de visite, le premier disque de la jeune pianiste Anna Vinnitskaya révèle une personnalité accomplie.

Lauréate de plusieurs prix dont celui du Reine Elisabeth en 2007, Anna Vinnitskaya stupéfie par la maturité et la personnalité de son jeu. Le programme lui convient à merveille, non seulement parce qu’elle dispose de moyens techniques impressionnants, mais aussi parce qu’elle caractérise chaque pièce.

Quoi de plus opposé en effet que le romantisme post-brahmsien de la Sonate « Réminiscence » de Medtner, à la verticalité orchestrale et aux déflagrations de la Chaconne de Goubaidoulina ? La première pièce est construite dans l’esprit d’une improvisation ou d’une ballade nimbée de rayons de lumières irisées. La deuxième joue sur la pulsation et une percussivité réjouissantes. Sans raideur, évitant toute sonorité cassée, Anna Vinnitskaya met en relief le foisonnement des idées, mais aussi la beauté sensuelle de la Chaconne. La construction de la pièce bâtie sur une série de variations n’a jamais été aussi bien traduite par ses précédentes interprètes (toutes féminines !), y compris depuis la dédicataire, Marina Mdivani, et jusqu’aux prestations de Diana Baker, Béatrice Rauchs et Marcela Roggeri.

La Sonate n° 2 de Serge Rachmaninov dans sa version révisée de 1931 est toute compacte, d’un élan symphonique. Chaque détail de la partition est mis en valeur avec une sûreté et un goût parfait des contrastes.

La Sonate de Prokofiev est tout aussi aboutie.
Même en se doutant qu’il y eut certainement des montages, on est bluffé par la poésie de l’interprétation. Le toucher d’Anna Vinnitskaya est à la fois précis et juste dans l’expression de la liberté du chant ainsi que dans le refus de tout alanguissement dans la valse de l’andante caloroso. Cette version possède une profonde musicalité, un équilibre instinctif entre l’expression de la rage et de l’angoisse. Elle rejoint les références d’Argerich, Ashkenazy, Gavrilov, Kasman, Pollini, Richter, Sofronitzky…

Anna Vinnitskaya - „sonates pour piano“

La jeune pianiste Anna Vinnitskaya nous propose un voyage en terre de Russie. Un disque haut en couleur remarquablement capté par Nicolas Bartolomé.

Les mélomanes férus de technologie, entourés de matériel de pointe, nourrissent généralement le fantasme d’approcher, par le biais de leur chaîne hi-fi, la vérité du concert. Qu’importe si la musique a été captée à l’ombre des studios, qu’importe l’artifice des micros, les bidouillages de la technique : qu’une prise de son s’impose par sa présence, et les voilà heureux.
Nicolas Bartolomé fait partie de ces ingénieurs du son capable d’inventer de toutes pièces une réalité absente. Si je commence par parler de son travail, c’est qu’il dépasse en beauté sonore la majorité des productions actuelles. Je ne sais pas à quoi ressemble le piano d’Anna Vinnitskaya, mais je rêverais d’entendre en concert une telle présence, de telles nuances, un tel espace…
Cela dit, on ne fait pas un disque avec le seul génie de la technique. Cela se saurait ! L’illusion du concert ne se crée pas seulement avec un halo sonore, mais implique un esprit, un mouvement, un programme. Le premier mérite de cette jeune pianiste russe (lauréate en 2007 du Concours Reine Élisabeth de Bruxelles) tient à la conception de son programme qui parvient à conserver une parfaite cohérence tout en évitant le piège de l’unité de façade : la culture commune qui lie les compositeurs entre eux se charge de faire le lien entre des styles assez éloignés. Le lyrisme de Rachmaninov, les contrastes de Gubaidulina qui oscille entre emphase et méditation, la douceur mélancolique de Medtner, la noirceur parfois violente de Prokofiev, tout cela se complète admirablement et forme un véritable parcours.

Anna Vinnitskaya construit son disque comme d’autres leur programme de concert. Le but étant d’emmener l’auditeur quelque part et de le rendre un peu plus intelligent, elle ouvre une perspective sur 44 ans de musique russe en faisant de cette musique un espace parfaitement structuré. Pour cela, elle ne se contente pas de suivre un chemin dicté par une simple logique stylistique, elle fait de son piano le lieu même où cette musique s’exprime. Cela suppose de mettre une virtuosité à toute épreuve au service d’un imaginaire à la fois rythmique et mélodique et de faire sonner ces œuvres comme si elles sortaient d’un même corps. Interpréter, ce n’est au fond rien de plus…

Diapason d´Or Découverte

Discipline de Evgueni Koroliov à Hambourg et victorieuse du Concours Reine Elisabeth de Bruxelles en 2007, Anna Vinnitskaya enregistre un premier disque consacre à des compositeurs (Rachmaninov, Goubaidulina, Medtner, Prokofiev) qui font partie de son arbre généalogique. Les dés sont jetés avec le Sonate n.2 (version révisée de 1931) du premier; la soliste s´engage dans un corps à corps intense avec la matière, littéralement sculptée, dans une course à l’abîme maîtrisée par une technique souveraine.
Dans la Chaconne de Sofia Gubaidulina (composée en 1962 à l´âge de trente et un ans), Anna Vinnitskaya fait preuve d´un contrôle rythmique sans faille et d´une virtuosité contrastée, où la légèreté de touche le disput à la puissance sonore. La même impression prévaut avec la Sonate „Réminiscence“ de Medtner (1918), dant les élans les plus véhéments sont contrôlés par une exécution d´une grande poésie, entre fulgurance et méditation.
Le sense de l´architecture est aussi l´apanage de sa vision de la Sonate n.7 de Prokofiev, où le sentiment guerrier (Allegro inquieto) est contrebalancé par des feulements sonores cristallins (Andante caloroso). Le terrifiant finale (Precipato), loin de se réduire à un martèlement vide de contenu, apparaît plus dosé que motorique. Chaque note acquiert un timbre approprié au service pourtant d’une conception systémique. Mieux qu’une carte de visite impressionante, un récital habité, qui, d’entrée de jeu, impose Anna Vinnitskaya parmi les jeunes interprètes appelés à occuper un rôle de premier plan."

La classe d’Anna Vinnitskaya

La pianiste installe d’emblée le climat des Kreisleriana (1838) de Schumann qu’elle parcourt avec une fougue admirablement domptée. Elle confère caractère et rêverie aux différentes pages de cette partition qu’elle conçoit manifestement comme une succession d’instantanés. Pour autant, le discours s’avère hautement élaboré et la technique admirable, en particulier la respiration et la profondeur du toucher. […]

Anna Vinnitskaya entretient beaucoup d’affinité avec le romantisme allemand, comme en témoigne sa lecture des Fantaisies de l’Opus 116 (1892) de Brahms. Elle en explore la richesse expressive en toute intelligence et sans s’abandonner dans des abîmes d’introspection. Une fois de plus, la beauté du toucher et le galbe des lignes font merveille, autant de qualités manifestées dans la Pavane pour une infante défunte (1899) de Ravel offerte en bis.

Classe, musicalité, maîtrise digitale : voilà une pianiste dont il faut sans nul doute retenir le nom.

[Festival de Radio France, Montpellier]

Un feu d´artifice pianistique

Une grande virtuosité guidée par une pensée originale et forte font que cette pianiste se profile comme un des espoirs les plus sûrs de la scène musicale internationale. Tour à tour d´une finesse aérienne et limpide ou d´une force teintée d´un dramatisme puissant, elle nous entraîna par ses vastes possibilités expressives, atteignant un sommet dans uns interprétation de Rachmaninov d´une générosité lyrique et d´une poésie incomparable.

Déjà, dans la “Chaconne” de J.S. Bach et F. Busoni, on se rendit compte de son tempérament exceptionelle. … La pianiste a rendu le caractère grandiose de la pièce avec ampleur; foisonnements virtuoses et grandes accords sompteux conféraient une intensité presque extatique à certains passages. Force et vélocité… l´expression de l´interprète, toujours bien structurée, a heureusement donné une unité visionaire à la composition qui retrouverait chaque fois ses sources majesteuses. …

Ces variations [J. Brahms: op.35 I et II], d´une difficulté pianistique transcendante, démontraient la virtuosité souvent époustouflante d´Anna Vinnitskaya; forte heureusement la technique presque acrobatique exigée par ces variations était ici au service d´une musique riche et intéressante. … Si la virtuosité de l´artiste éveillait l´admiration, elle nous enchanta aussi pas des moments d´une délicieuse harmonie. D´une rapidité aérienne ou d´une bravoure flamboyante, on découvrit une jeu frémissant et une technique éblouissante. … La pièce se termina en élans rapides et grandes arpèges brillants, joués avec force dans le feu et d´un dynamisme juvénile irrésistible.

C´est dans la deuxième parie du concert, moins centrée sur la virtuosité, que l´on a pu le mieux apprécier le talent interprétatif de la soliste. On écouta d´abord “Images” pour piano – série I de C. Debussy. Evocateur d´impressions visuelles, “Reflets dans l´eau”, mouvement aquatique évoluant en sonorité ondoyantes, en effleurements et transparences, était traduit avec une aisance naturelle. L´"Hommage à Rameau", noble et réfléchi, dans un style de sarabande, était rendu avec grande pureté. Vivace, aux trilles claires, aux croches marquées, “Mouvement” captivait par son charme envoûant et sa dynamique fascinante. … Elle entraîna le public dans un rêve sonore magique né d´un contact intime avec le clavier.

L´artiste atteignit un sommet interpretatif dans la sonate n.2 en si bémol mineur op.36 de S. Rachmaninov. L´oeuvre, d´une virtuosité de haute voltige, lui donnait l´occasion de montrer un lyrisme passioné et une puissance épique fascinante. Cette pièce exaltée de Rachmaninov trouvait ici une interprète capable de lui donner via dans un jeu fouguex et naturel.

Anna, pianiste de l'émotion

Anna Vinnitskaya a conquis et même séduit le public du Juillet musical d’Aulne. La jeune pianiste russe de 23 ans, qui avait impressionné le jury du Concours Reine Elisabeth en mai dernier, a définitivement marqué les esprits dans notre pays. Spontanée, elle enivre le public par la perfection de son interprétation, mais aussi par les émotions qu’elle parvient à transmettre, que cela soit sur des airs de Mozart, de Ravel ou de Busoni. Sur scène, Anna Vinnitskaya se transforme.
Dès le premier contact avec le piano, la jeune artiste ferme les yeux et semble engloutir la musique, s’en imprégner et l’exprime sur son visage et son corps.
“Mais sans excès”, analyse Sabine, musicienne venue savourer cet instant. “Elle est très expressive, mais elle a trouvé la juste mesure. Ces émotions sont authentiques et pures. Il n’y a rien de surfait chez elle. Par ailleurs, elle joue avec une aisance déconcertante les morceaux les plus difficiles”. …
Au coeur des ruines de l’abbaye d’Aulne, le public, hypnotisé, aura vécu une grande soirée.

Un évènement pianistique grandiose

D´une brilliante écriture pianistique, célèbre par son thème grandiose et lyrique, le concerto pour piano no 1 en sib mineur op.23 de Tchaikovsky était traduit dans toute sa splendeur par Anna Vinnitskaya. D´une musicalité enchanteresse, la pianiste se montra profondément engagée et poètique. L´oevre, enivrante par son symphonisme, captivante par des éléments issus du folklore ukrainien, était rendue avec passion; soliste et musiciens s´y montrèrent également inspirés. Exposé par l´orchestre, le thème du premier mouvement, fougueusement rythmé par les accords du piano, créait d´emblée une atmosphère submergeante. Ivresse et apaisement, Anna Vinnitskaya montra les multiples facettes de son talent; puissante, intense, ou ludique et sublime, elle nous émut à chaque instant. On a aimé sa subtilité cristalline dans l´andantino semplice, la vivacité du dialogue entre soliste et orchestre du mouvement final. Voici une soirée que l´on gardera en mémoire pour ses interprètes éblouissantes et pour sa grande musicalité.

Anna Vinnitskaya, rayonnante de confiance, s´assit au piano avec une concentration absolue et se lanca avec ardeur dans l´interprétation d´un des Concertos pour piano les plus populaires, et exigants, qui soient. Elle en releva les défis techniques ave passion, domina l´orchestre sans effort apparent et, telle une grande dame, s´imposa de bout dans une intreprétation soigneusement élaborée. S´appuyant sur une technique inébranlable, melant souplesse et puissance, son éclatante palette d´effets sonores fit merveille dans ce Concerto romantique aussi bien que dans les deux bis qui suivrent.

Bénéficiant, alle aussi d´une technique hautement assurée et d´une variété de toucher des plus encyclopédiques, elle parvient à faire chanter avec émotion et sensualité cette musique [Chostakovitch I].

Enfin, la gagnante de cette édition, la jeune russe Anna Vinnitskaya cloture ce concert. Elle est superbe, elle a une technique impeccable et elle a choisi le premier concerto de Chostakovich. Elle met tout son talent et son humeur dans une oeuvre brilliante, et qu´elle joue avec un plaisir évident.

Anna Vinnitskaya emporte la session 2007 du Reine Elisabeth avec panache. Dans son classement, le jury intègre les impressions du deuxième tour.
Tous – public, musiciens, professionnels – la mettaient dans le trio de tête: la Russe Anna Vinnitskaya, 23 ans, a obtenu le premier prix du Concours Reine Elisabeth 2007. Une victoire largement méritée et espérée depuis plus de quatre ans si l’on tient compte que la pianiste s’était présentée une première fois en 2003. Dès sa première appartition, la musicienne s’imposa par la plénitude de son jeu – sonorités superbes, technique aboutie, naturelle musicalité – dont elle élargit la portée au fur et à mesure des programmes proposés. Ses “Variations Paganini” de Brahms et plus encore son “Gaspard de la Nuit” de Ravel furent parmi les hauts moments du second tour (notre confère Nicolas Blanmont accepta d’être “changé en piano mécanique si elle ne passait pas en finales”, il ne prenait pas de risque). Et à la dite finale, de la sonate op. 27/1 de Beethoven (pourtant très étrangère à l’esprit de concours) au concerto n°2 de Prokofiev, son concert s’inscrivit de bout en bout sous le signe d’une fabuleuse épopée, mêlant idéalement la poésie et la puissance.

Le triomphe d'une pianiste de feu

Anna Vinnitskaya, un premier prix qui récompense une musicienne de feu: des moyens prodigieux mis au service d’une pensée sans concession qui nous entraîne au coeur même des partitions.
Ce qui frappe dans cette édition 2007, c’est la grande diversité de personnalités entre beaucoup de candidats. Le temps d’une pseudo-objectivité aseptisée qui a desséché tant de talents est désormais révolu. Ces jeunes artistes osent s’exprimer à la première personne sans violer pour autant le texte qu’ils ont décidé de servir. La musique en sort grandie.

"Anna Vinnitskaya, faite pour la musique"

La grande gagnante Anna Vinnitskaya, une jeune russe de 23 ans, avait fait forte impression mercredi dernier. Elle avait débuté son programme avec la sonate op. 27/1 de Beethoven et terminé par le 2e concerto de Prokofiev qui avait soulevé un tonnerre d´applaudissements. Elle a imposé son rythme à l´orchestre et montré beaucoup de lyrisme. Une qualité qu´elle a développée au maximum dans le concerto de Prokofiev. Son jeu bondissant, assuré, qui alterne puissance, espièglerie et poésie, avait été salué par une veritable ovation. Le jury a été séduit par cette artiste capable de fongue autant que de sensualité. C´est une conteuse remarquable, capable d´emporter son auditoire dans des atmosphères très variées.

Anna Vinnitskaya, une jeune russe (23 ans) au jeu d´une élégance aérienne que ne contredit pas la puissance. Dès la demifinale, nous avions été séduits par la cohérence de ses interprétations. En finale, aussi bien dans sa Sonate de Beethoven (combinaison réussie d´énergie, de sens des nuances, de lisibilité et de progression), dans un imposé sereinement approprié, que dans un deuxième concerto de Prokofiev dansé-chanté-percuté, elle a fait la preuve de sa belle maturité expressive.

Energique, aérienne, musicienne

Depuis le début du Concours au fil de ses épreuves succesives, la jeune pianiste russe – elle n´a que vingt-trois ans – a imposé un réel tempérament musical. Remarquable technicienne, virtuose, mais cela ne va-t-il pas de soi de nos joursm elle est „musicienne“. Ainsi, lors de la demi-finale, son interprétation, son appropriation, du vingtième concerto de Mozart nous avait touchés par la densité sensible du propos, la sérénité expressive sont elle avait notamment imprégné la „Romance“. Dans la „Garspard de la nuit“ de Ravel, nous l´avions vue félin prêt à bondir, maîtresse dees sonorités, des couleurs et des atmosphères. Lors de la finale, dans la Sonate No 13 de Beethoven, elle s´est montrée capable à la fois de force de nuances, de lisibilité et de progression rythmique et sonore. L´imposé, elle l´a fait sienm naîtrisant ses deux composantes, l´hypertechnique et l´élégiaque évanescente, ajout même à son interprétation une sorte de distance ironique, là où d´autres semblaient peiner encore à déchiffrer la redoutable partition. Son deuxième concerto de Prokofiev nous a „emballés“ par sa facon d´imposer son jeu sans négliger le réel dialogue avec l´orchestre. Au clavier, elle est élégante, souriante, aérienne. Vous l´aurez compris, nous – c´est-à-dire le public unanime – avons ratifié le choix du jury.

À Anna Vinnitskaya (Russie), un premier prix qui récompense une musicienne de feu: des moyens prodigieux mis au service d’une pensée sans concession qui nous entraîne au coeur même des partitions. On n’a pas oublié l’incandescence irrépressible de son 2e concerto de Prokofiev, ni la rigueur habitée de sa 13e sonate de Beethoven.

Merci l´artiste!

Des artistes séduisent, envoûtent ou interpellent. Anna Vinnitskaya subjugue. Jeudi soir, elle a enchaîné les atmosphères avec bonheur, lors de la finale du Concours Reine Elisabeth.
Son impassibilité d’apparence fascine mais elle dissimule une incroyable force extérieure. Cette technicienne surdouée n’a pas son pareil pour mettre ses énormes moyens au service d’un monde intérieur. Dans la Sonate op. 27/2 de Beethoven, elle enchaîne les atmosphères avec une versatilité en tout point fidèle à son surnom de „quasi una fantasia“. Introduction pensive de l’andante, débordements tumultueux de l’allegro, chant réfléchi de l’intermezzo, fierté altière du finale : tout Beethoven est bien là dans l’insatisfaction perpétuelle de ses aspirations.
Dès les premiers accords de La Luna y la Muerte, on a compris que la candidate a quelque chose à nous dire. Sa sonorité impose d’emblée un climat étrange qui contraste totalement avec la fougue démoniaque avec laquelle elle soulève la partie rapide. Sous ses doigts, la cadence devient une véritable étude sur les attaques et les intensités. Sans parler de sa capacité à tirer un parti aussi varié des effets de résonance qui émaillent la fin de la partition.
Dès le balancement inquiet du début, on saisit que la pianiste ruse a décidé de dominer ce 2e Concerto de Prokofiev et de lui restituer avec une clarté confondante son irrépressible force futuriste. Elle construit ainsi l’imposant andantino qu’elle conduit jusqu’à la terrifiante explosion de l’allegretto. Fugacité lunaire du scherzo, ironie oppressante de l’intermezzo, cette démonstration fascinante n’a pas son pareil pour réintroduire un surprenant instant de quiétude obsessionnelle au coeur d’un finale diaboliquement percutant.

La musique lui traverse tout le corps, la sonorité du piano n´est que plus profonde et Beethoven que plus exceptionnel; il s´agissait de la Sonate Quasi una fantasia qui fuit interprérée avec un caractére inoui.
Celui-ci laissait présager un imposé de grande classe et, à mi-chemin des finales, on a même atteint un sommet sur le plan de la compréhension de l´oeuvre et du message technique et musical qu´elle peut représenter. Quelle sincérité dans la recherche chez la Russe avec comme aboutissement une interprétation des plus captivantes.
Mais que dire du 2e concerto de Prokofiev, l´un des plus périlleux du répertoire, où Anna Vinnitskaya dirige en quelque sorte les opéraions avec une maîtrise totale: celle du clavier et, surtout, celle de ce qu´elle veut exprimer et nous faire partager. C´est comme un combiné d´émotion et d´enthousiasme, partant de la plus authentique sincérité.

Donnée favorite lors des demi-finales, la Russe Anna Vinnitskaya installe sa présence avec douceur et sourires pour la seconde partie de la soirée. Beethoven et sa Sonate n° 13 en mi bémol, op. 27/2 „Quasi una fantasia“ offre un climat de tensions intérieures éclatant. Sonorités rondes et investies s’affirment avec des moyens éblouissants qui coulent d’une source généreuse. Communication et joie du partage, même s’il est parfois douloureux et complexe chez Beethoven, montrent une artiste épanouie dans son art et son intégrité musicale. Vivifiant les tensions intrinsèques à cette Quasi una fantasia, elle en esquisse les aspérités avec fougue et éclat, subtilité et finesse, intelligence et lumière. Continuant avec La Luna y la Muerte de Miguel Galvez-Taroncher, qu’elle joue sans la contribution du tourneur de pages, elle est la première à la restituer avec un tel degré d’imagination et de compréhension mélodiques. Jouant sur l’interactivité des sons feutrés dans leurs séquences propres et avec l’orchestre, elle communique dans l’instant un jeu d’échos rémanent qui semble galvaniser les membres de l’ONB et Gilbert Varga. Rage effrénée et colère du désespoir se mêlent au tissu orchestral d’une partition qui prend ici toute sa substance grâce à l’investissement d’une candidate qui en a intégré les moindres recoins. Le morendo final qui suit une cadence de désespoir et de rage la propulse dans l’assouvissement et l’enchevêtrement de lignes cursives, balancées entre dynamiques et mélodies introspectives jusqu’au contraste d’un infini rêveur et éblouissant. Ce sera sans nul doute l’une des meilleures visions de l’œuvre imposée de ces finales… Terminant sa prestation avec le Second concerto de Prokofiev en sol mineur, op. 16, elle affirme la plénitude d’un tempérament bien russe avec une incroyable intensité et une redoutable assise technique. Musicienne à l’état pur, elle est l’une des révélations de ce concours grâce à sa joie communicative, à son plein épanouissement de sonorités chaudes, résistantes, inventives et ineffables dont elle se sert pour assurer un véritable spectacle pyrotechnique. Galvanisés par tant d’audace, de probité musicale et de plaisir de l’instant, chef et orchestre ne font plus qu’un avec Anna Vinnitskaya acclamée très vivement à la fin de sa prestation par un public ravi de tenir une personnalité étincelante et étonnamment décontractée!

Vinnitskaya où l´épopée concertante

Quant l’artiste raconte… Les sonorités de la pianiste russe en disent long. Ovation en fin de parcours.
Oui, c’est bien „quasi un fantaisie“ que nous interprète Anna Vinnitskaya pour commencer. La sonate op. 27/1 de Beethoven défile comme le récit d’une vie. La première mélodie, interprétée avec douce innocence dans l’andante, évoque des souvenirs enfouis avant d’éclater avec brio dans l’allegro. Dans le deuxième mouvement, le jeu, déluré et décidé, léger et grave, nous mène jusqu’à l’adagio sur un rythme acharné, soutenu avec fougue.
Contraste d’ambiance très réussi lorsque apparaît une mélodie toute simple d’une fraîcheur et d’un naturel touchants, précédant l’explosion d’un allegro très enlevé, très accompli dans sa forme polyphonique et finement nuancé. Après la brève et nostalgique évocation du thème de l’adagio,c’est l’apothéose: la sonate aura eu belle vie.
Chez Vinnitskaya, c’est d’abord ce son charnu, d’une parfaite plénitude qui impressionne, et cela tout particulièrement dans la partie rythmique de l’imposé. Le jeu est bondissant, dansant, assuré (elle tourne elle-même les pages !). Tendue, la cadence suit le mouvement, portée par une expressivité de chaque instant. Une belle construction s’en dégage, même si les silences demandés par la partition sont oubliés.
La nuance fortissimo domine, y compris „de l’autre côté“ (celui de la mort): avec Anna, la vie résiste jusqu’au dernier moment, grâce au lyrisme qu’elle parvient à dégager de la ligne „mélodique“. L’orchestre entre à pas de loup et Vinnitskaya commence à nous lire, sur un ton grave mais calme, l’histoire du concerto n.2 de Prokofiev dans un récitatif mélodique („narrante“) très soutenu.
La pianiste s’illustre parfaitement dans une musique acrobatique qui cherche les effets spectaculaires autant que la profondeur du discours. Puissance sonore et poésie apportent au discours une ampleur orchestrale impressionnante (passionnante), qui domine dans la gigantesque cadence et conduit à un paroxysme héroïque repris à l’orchestre. Après la tempête, on se retrouve en eaux calmes pour replonger aussitôt en plein scherzo tourbillonnant, trépidant dans un jeu plus que jamais décidé et inventif.
Débarquement de l’intermezzo: Anna devient espiègle, puis conquérante, elle offre au public sa propre épopée symphonique, dotée d’une infinie diversité mélodique. Sarcasmes, tempêtes et berceuses se succèdent dans le dernier mouvement, tour à tour poétique et trépidant. Ovation!

Une sonorité travaillée en pleine pâte, mais qui ne perd jamais rien de sa beauté; voilà une artiste capable de fougue autant que de sensualité. C´est une conteuse qui peut nous emporter dans des atmosphères très variées.

Anna Vinnitskaya dans le K. 466 de Mozart: rehaussée par la présence de la Reine, cette dernière àprès-midi de demi-finale commence bien.
La candidate insuffle dans l´allegro sa naturelle musicalité et son tempérament généreux, portés par un jeu rond et brillant et un magnifique legato.

C´est également de Ravel, mais cette fois sous les doigts d´Anna Vinnitskaya (Russie), que nous viendra le grand moment de cet après-midi. Subtil mélange de fébrilité d´immobilisme dans „Ondine“, statisme obsessionnel de „Gibet“, excubérance volcanique de „Scarbo“: son „Gaspard de la nuit“ laisse pantois. A l´instar d´un impérial premier cahier des „Variations Paganini“ de Brahms où, tour à tour obstinée, fantasque, tranchante ou rêveuse, rageuse et impérieuse, lunaire ou espiègle, la pianiste nous livre un véritable festival d´atmosphères.

La démonstration de Vinnitskaya

Anna Vinnitskaya s’acquitte d’abord brillamment de „Dedicatio VI“, qu’elle joue de mémoire. Tour à tour décidée, intense ou ludique, sa sonate K. 309 de Mozart laisse présager un beau concerto en ré mineur samedi. Mais ce naturel suppose, on l’aura deviné, une technique à toute épreuve : une extraordinaire interprétation des brahmsiennes Variations sur un thème de Paganini vient le confirmer, le moins exceptionnel n’étant pas que la candidate réussit en sus à faire de ce monument virtuose un authentique moment de musique, tout comme elle le fera de son „Gaspard de la nuit“, avec une lecture éminemment expressive, charnelle et poétique. Que l’auteur de ces lignes soit changé en piano mécanique si on ne la retrouve pas en finale…

Anna Vinnitskaya, Russe de 23 ans, décline un Bach [WK II/22] linéaire et sage, rélévant au passage un beau toucher, ferme et charnu. Les impressions se confirment dans les études de Chopin et de Debussy, réalisées avec maîtrise, et dans Tirana d´Albeniz, valant, en plus, par un dynamisme bienvenu.

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